Vespasonic

Showstar

Showstar

Par Serge Coosemans, journaliste free-lance et bloggeur fainéant

J’écris la bio de Showstar, à leur étrange demande, et cela fait bien rire autour de moi.

« Je croyais que tu conchiais le rock belge ? » « Showstar, hahaha, bientôt en tournée mondiale de Wallonie ! » « Tu feras nègre pour Thierry Coljon, aussi, un jour ? »

Alors, un moment, je me lâche :

« Ben, franchement, les gonzes, Showstar, moi, je ne les trouve pas si pires que ça. Je n’écoute pas la radio nationale jeune public, je n’en ai donc rien à foutre du matraquage de Little Bastard ou Superlover. Je ne les ai jamais vus en concert, je ne connais pas leurs histoires, ni la grande gueule supposée de leur chanteur. Il y a 3 ans, j’avais reçu leur disque. Il était « bien », en fait, il y avait même dessus de TERRIBLES morceaux, dont Dan, un truc un peu rêveur qui ne faisait pas honte au meilleur indie ricain des années 90. Sur le nouveau là, Think Ringo, qui sort en février 2010, il y a d’autres TERRIBLES morceaux, moi que je trouve (Residents of The Lost Club, My Name is John, Your Eighties…). J’écoute ces albums, c’est comme chez Blur et Pulp, dans le temps : quelques trucs un peu fastoches mais bien faits en guise de locomotives pour plaire un max et le reste un peu plus tordu, ambitieux et, hum, déviant… Ces mecs ont l’âge qu’ils ont et un background de fan d’indie qui remonte aux années 80, normal que ça me parle. Je n’entends pas qu’une version belge de la britpop là-dedans, comme on dit souvent, mais plutôt la musique que font des passionnés ayant emmagasiné la noisy, la pop UK, le revival post-punk des années 00 mais aussi l’indie américain des années 90 et d’ailleurs pas que le plus propre sur soi ! »

L’assistance se marre, persuadée que je monte un sketch. Il y a quand même quelques regards où s’installe le doute. C’est toujours amusant se voir se fissurer les murailles de préjugés.

« C’est quoi la pop ? Un truc capable de plaire aux ménagères et aux étudiants, aux pdg et aux automobilistes coincés dans les embouteillages de fins de journées. On ne demande pas à un groupe pop de dynamiter la société ou de défoncer les portes de la perception. Juste de distiller des chansons à fredonner sous la douche, au discount en poussant son caddie. Showstar y arrive très bien avec ses refrains de lads et d’ailleurs foutrement mieux depuis qu’ils collaborent avec Gareth Parton, un producteur britannique qui a le genre de CV que Paul Epworth avait encore il y a 5 ans. C’est pourquoi j’aime bien Showstar : ils font « bien » leur boulot, ce sont des artisans honnêtes qui ont l’art d’accommoder les recettes classiques. Ils se la pètent sans doute bien un peu mais c’est moins dérangeant que chez ces pelletées de couillons persuadés d’avoir trouvé la recette du beurre à couper les fils barbelés alors qu’ils ne font jamais que de la vieille dance pourrie remise au goût du jour ou du Radiohead de supermarché quand même le thème de Jeux Interdits leur est difficile à la guitare. Il y a un côté resto de quartier à Showstar, la petite cantine sûre où l’on n’a pas à craindre les mauvaises surprises parce que le Chef s’est soudainement entiché de cuisine moléculaire. T’aimes l’indie, t’aimes forcément Showstar, peut-être pas au point de te rouler par terre mais pas non plus à celui de sortir la sulfateuse. »

« Putain, t’es trop has-been, Serge », « C’est vrai que sur album, c’est bien meilleur qu’à la radio » et « Tout cela ne nous rendra pas Brian Jones » sont les réponses que j’ai récoltées à ce laïus en totale impro freestyle, un midi de décembre 2009.

Discographie :

Out of my head EP 2002
We are ready LP 2003
Little Bastard EP 2004
Dot LP 2006
Electrochoc EP 2008